Confidences d’une diplômée de la Ducks University
Par: Meagan Hainstock, spécialiste de la conservation à l’échelle nationale, Canards Illimités Canada

Les étudiants de la Ducks University découvrent en quoi consiste la restauration des milieux humides dans le cadre d'un atelier en plein air.
Avant le mois de mai dernier, je n’avais jamais mis les pieds à la Ducks University (Ducks U). Si vous m’aviez alors demandé quoi que ce soit à son sujet, j’aurais décrit la Ducks U en me basant sur ce que j’observe chez ses diplômés : des sourires espiègles qui expriment le plaisir vécu, des histoires racontées avec humour sur le redoutable questionnaire sur la sauvagine et un véritable esprit de camaraderie entre ceux qui ont fréquenté l’université ensemble.
Chaque diplômé semble avoir vécu une expérience unique, ce que j’appellerai ici leur « moment de prédilection ». Pour de nombreux élèves, c’est le moment où tout converge, lorsque les connaissances acquises sur l’habitat de la sauvagine leur permettent de mieux comprendre le principe derrière les programmes de Canards Illimités, et ainsi de prendre conscience de la valeur de leurs propres contributions à de tels efforts. D’ailleurs, pour les instructeurs de la Ducks U, ces moments surviennent souvent en même temps que ceux de leurs élèves, alors qu’ils réalisent qu’ils les ont aidés à faire ces rapprochements. Lorsque j’ai eu l’occasion d’étudier à la Ducks U, je me suis demandé quel serait mon moment de prédilection.
Les premiers cours ont été offerts à Regina, en 1992.Bien qu’ils aient toujours été donnés par le personnel de Canards Illimités Canada (CIC) et de Ducks Unlimited, Inc. (DUI) (appelés conjointement DU) les premiers cours étaient destinés aux collecteurs de fonds de DUI qui voulaient en apprendre davantage sur les milieux humides et la sauvagine, ainsi que sur les programmes de conservation offerts au Canada. Alors qu’elle gagnait en popularité, la Ducks U a élargi sa portée pour inclure les bénévoles et le personnel de DU de tous les secteurs d’activités. Le nombre d’élèves est toutefois limité afin de maximiser les interactions entre les élèves et les instructeurs. L’emplacement de la Ducks U alterne généralement entre le Canada et les États-Unis.
En tant que membre de l’Institut de recherche sur les terres humides et la sauvagine de CIC, le conseiller principal en conservation Mike Anderson était instructeur à la première Ducks U., et il collabore à son développement depuis les 19 dernières années.« En plus de mieux faire connaître les milieux humides et la sauvagine durant toute l’année, nous voulons que les élèves découvrent par eux-mêmes l’habitat de reproduction du canard. En offrant les cours en mai, nous permettons aux élèves de mieux comprendre le comportement des canards ainsi que les défis uniques que nous devons relever dans le cadre de nos efforts de conservation. Nous améliorons également le programme chaque année pour nous assurer de toujours répondre aux besoins des participants. »

Le matin, les participants assistent à des exposés sur la sauvagine et la conservation des milieux humides, avant de s'aventurer sur le terrain en après-midi.
Cette année, le programme de deux jours et demi a été offert à la mi-mai, au Capri Hotel, Trade and Convention Centre de Red Deer, en Alberta. Les ateliers en matinée avaient lieu à l’intérieur, et ceux en après-midi se déroulaient à l’extérieur pour offrir une expérience d’apprentissage en plein air.
La première séance en matinée portait sur les rudiments de la sauvagine, soit son cycle de vie, son comportement chaque saison, comment identifier les différentes espèces et les facteurs qui influencent leurs populations. Nous y avons également traité des milieux humides et discuté de l’importance des habitats pour la sauvagine pour leur survie. Le deuxième jour, l’organisme CIC a été présenté dans son ensemble, en donnant un aperçu de son Plan international de gestion de la sauvagine, de concert avec de nombreux exemples d’efforts concrets de conservation de CIC guidés par la science.

Pendant l'une de ces séances pratiques, Pascal Badiou, scientifique chez CIC, décrit la capacité des milieux humides à réduire les émissions de gaz à effets de serre.
L’après-midi s’est déroulé sur des propriétés où CIC a effectué des aménagements. Ces agréables excursions sur le terrain ont permis de renforcer certains des concepts présentés dans la matinée. Le premier jour, nous avons appris à identifier la sauvagine, de même que ce qu’elle mange et les endroits où elle niche. Nous avons également eu la chance d’essayer certains des outils que les chercheurs utilisent pour étudier la sauvagine. Notre dernière visite sur le terrain a été davantage axée sur le rôle des humains dans les paysages que fréquente la sauvagine. Nous avons abordé la production des cultures et l’élevage de bétail, la restauration des milieux humides et des terres hautes, les biens et services écologiques, et l’aspect humain des paysages prioritaires de CIC.
Sur le terrain, nous avons aussi eu la chance d’interagir avec des propriétaires fonciers de la région qui collaborent avec CIC. Nous avons notamment rendu visite à des supporteurs de longue date de CIC, Jim et Bonnie Potter, dont la propriété est protégée par une servitude de conservation détenue par CIC. Par l’entremise de l’Alberta Conservation Association, Jim Potter collabore avec CIC dans le cadre du programme de nichoirs dans la région. Il entretient plus de 1 300 nichoirs pour assurer un habitat à la sauvagine nichant dans des cavités, comme le garrot a œil d’or et le petit garrot.
Nous avons également rendu visite à Wayne Roberts, ancien conservateur du musée de l’Université de l’Alberta. Depuis 1998, M. Roberts collabore avec CIC pour améliorer sa propriété de 31,5 hectares, qui comprend un ouvrage de contrôle du niveau d’eau le long du bassin Ghost Pine. Il était emballé par les changements positifs qu’il a été à même de constater au fil des ans, et a reconnu le rôle de CIC en s’exclamant : « De ma part et de tout ce qui nous entoure – les plantes et les animaux – merci, merci, merci! »

Les étudiants et les enseignants de la cohorte 2011 se font photographier après une discussion de groupe.
L’une de mes activités préférées a eu lieu à la fin de la deuxième journée sur le terrain. Tout le groupe s’est assis ensemble pour parler de ce qui avait conduit chacun à la Ducks U. De nombreux participants ont raconté comment leur éthique de conservation leur avait été inculquée et à quel point CIC était important pour eux. Certains s’impliquent avec CIC depuis leur jeune âge, alors que d’autres ont joint les rangs plus tard, après avoir fait leur choix de carrière. Comme l’a expliqué Tatjana Radulovic, une élève de la Ducks U : « J’avais le choix entre travailler pour une entreprise qui allait endommager l’environnement et un organisme qui allait l’aider. Pour moi, le choix a été facile. Tatjana, spécialiste en géomatique, poursuit à la blague « J’ai l’habitude de voir les aménagements de CIC en deux dimensions, sur mon écran d’ordinateur. La Ducks U m’a permis de profiter d’un paysage en trois dimensions, où j’ai vu notre travail prendre forme. »
C’est donc au cours de cette discussion de groupe que j’ai vécu mon moment de prédilection. En m’inscrivant à la Ducks U, j’avais cru que je vivrais ce moment lorsqu’on me bombarderait de nouvelles connaissances. J’avais tort. Même si j’ai beaucoup appris à la Ducks U (particulièrement grâce à l’épuisant questionnaire sur la sauvagine), mon moment de prédilection n’avait rien à voir avec moi et tout à voir avec ceux qui m’entouraient. Je n’ai jamais douté du niveau d’engagement des employés de CIC (qu’ils aient fréquenté ou non la Ducks U), mais jamais je n’avais vu une passion collective exprimée d’une façon aussi claire auparavant. C’était un moment très puissant qui m’a rendu fier, tout particulièrement quand j’ai pris conscience que le groupe de la Ducks U n’était qu’un petit échantillon des milliers d’employés et de bénévoles de CI. Grâce à cette discussion et aux formateurs dévoués, j’ai quitté la Ducks U avec une tout autre compréhension du slogan : « Un but unique, un impact profond ».



